Les parents des élèves ambassadeurs de l’aire marine éducative d’Ankalika ont un rôle majeur dans la motivation et l’accompagnement de leurs enfants, mais aussi dans la sensibilisation auprès de la communauté.
Découvrez aujourd’hui le témoignage de M. Odin, le père de RAFANOMEZANTSOA Francelah Norline qui a intégré la phase 1 du dispositif en 2024 et a participé à l’échange d’expériences à La Réunion avec ses camarades.
1. Qu’avez-vous remarqué chez votre enfant depuis qu’elle participe à l’aire marine éducative ?
Sur le plan de son éducation, j’ai constaté un vrai changement. Elle commence à nous sensibiliser à la maison sur de petites choses, en nous racontant ce qu’elle apprend lors des activités du projet. De notre côté, nous l’encourageons et nous la guidons en lui montrant comment mettre ces idées en pratique. En dehors de cela, son caractère reste le même, elle garde ses habitudes quotidiennes.
2. Qu’est-ce que votre enfant vous raconte le plus souvent sur la mer ou sur les activités ?
Pour être honnête, elle ne raconte pas toujours spontanément ce qu’elle fait à l’école. C’est souvent moi qui dois l’interroger pour savoir ce qu’ils ont fait et si elle a terminé ses tâches. Je surveille de près son travail scolaire, même si je n’ai pas eu la chance de faire de longues études. Le plus souvent, en rentrant, elle me parle des petites tensions ou des désaccords qu’elle a pu avoir avec ses amis ou d’autres enfants du quartier. Une fois qu’elle s’est confiée, elle va réviser dans sa chambre, puis elle s’accorde un moment pour regarder une série.
3. Avez-vous observé des changements dans ses habitudes, son comportement ou ses idées ?
Au niveau de ses idées, j’ai remarqué qu’elle s’implique davantage dans l’organisation de la maison. C’est elle qui répartit désormais les tâches : les garçons s’occupent d’aller chercher l’eau et les filles font la vaisselle. Elle est aussi plus prévenante ; avant de sortir, elle demande toujours à sa mère si elle a besoin que l’on fasse des courses.
4. Que pensez-vous de ce projet ? Est-ce important pour les enfants et pour le village ?
Je trouve que c’est un excellent projet car il permet aux enfants d’élargir leur horizon. Je ne vois rien à critiquer ou à changer dans son fonctionnement. En tant que parent, je souhaite vraiment que l’aire marine éducative continue, car elle permet aux enfants d’évoluer, et c’est une grande fierté pour nous. Ce projet aide les enfants à grandir et à prendre de l’assurance. Ils apprennent à sensibiliser les autres, à partager leur ressenti et à préparer la relève, car nous vieillissons et ils sont l’avenir. Pour la communauté, l’impact est bien réel. Par exemple, mon beau-frère avait ramené une petite tortue de mer qu’il cachait. Francelah et son amie l’ont confronté en lui expliquant que les ambassadeurs de l’aire marine éducative interdisent l’exploitation des tortues. Sa tante m’a même interrogé à ce sujet après une réunion. J’ai confirmé que ce n’était pas bien et je leur ai conseillé de rendre la tortue à son propriétaire pour qu’elle soit remise à l’eau.
5. Que pensez-vous de l’action que les enfants mènent à l’école ou dans l’aire marine éducative ?
C’est très important pour moi. J’ai déjà demandé à Francelah : « Alors, ces palétuviers que vous avez plantés, est-ce qu’ils poussent ? ». Elle m’a confirmé que oui, même si elle n’y va que de temps en temps. À cause de notre travail, nous nous déplaçons beaucoup et nous n’avons pas toujours le temps d’aller voir la zone, mais j’aimerais beaucoup voir le résultat. Ce projet est une excellente chose pour l’éducation des enfants. J’apprécie que vous les éduquiez à nos côtés. Si la méthode ne me plaisait pas, je l’aurais dit, mais là, je trouve cela juste. C’est ma responsabilité d’encourager sa motivation. D’ailleurs, je suis tellement attaché à l’éducation que lorsqu’un enfant de la famille ne va pas à l’école, je l’accueille chez moi pour m’occuper de lui, car je ne supporte pas qu’un enfant n’étudie pas.
6. Que pensez-vous du rôle joué par les enfants dans ce projet ?
C’est une très bonne chose. Sa participation pourra l’aider plus tard dans le monde du travail : elle saura sensibiliser les gens et ses futurs supérieurs verront qu’elle est capable d’agir, peu importe son âge. Même si elle est petite, elle mérite le respect pour ce qu’elle partage, et les gens commencent à l’écouter. Moi-même, j’ai commencé à intervenir dans le quartier. Quand je vois des gens ramener de tout petits poissons, je leur interdis de passer par chez moi. Ils me demandent si le terrain est interdit, et je leur réponds que non, mais que je refuse de voir ces pratiques ici.
7. En quoi ce projet peut-il aider votre village ou votre communauté ?
Le projet crée un véritable partenariat. Nous, les parents, nous sommes prêts à intervenir et à vous accompagner si vous avez besoin d’appui, que ce soit pour des démarches ou pour renforcer les actions du projet.
8. Quel est votre plus grand souhait pour l’avenir de votre enfant et de la mer ?
Mon vœu le plus cher est qu’elle aille le plus loin possible dans ses études. Comme je n’ai pas pu étudier moi-même, je l’encourage sans cesse pour qu’elle atteigne un haut niveau et qu’elle puisse s’épanouir dans la société. Je lui dis toujours de venir me parler si quelque chose ne va pas à l’école afin que je puisse la guider. Je serais tellement fier si mes enfants devenaient comme vous, les responsables du projet !
La mer, c’est notre gagne-pain. C’est pour cela que nous nous sommes opposés au projet minier « Fasy Mainty » (sables noirs), car cela risquerait de nous détruire. Les gens instruits ont leurs bureaux, mais pour nous qui n’avons pas fait d’études, la mer est notre seul « bureau », notre seul lieu de travail. C’est notre unique ressource. C’est pour cela que votre présence est importante : vous prenez soin de la mer, vous la protégez et vous nous apprenez les bons gestes.

