Les élèves ambassadeurs sont, sans aucun doute, les plus à même de partager leur expérience sur le terrain, en tant que « gardiens » de cette aire qu’ils ont choisi de protéger.
Entre espoir et réalité, JOHNY Claudio René, 14 ans, en classe de 3ème et élève ambassadeur de la phase 1 de l’aire marine éducative d’Ankalika, vous livre son vécu depuis qu’il a intégré le dispositif Aire Marine Educative en 2024.
1. Qu’est-ce que tu aimes le plus dans l’AME ?
Ce que j’apprécie le plus, ce sont les cours de français ainsi que les sorties sur notre zone de l’aire marine éducative à Ankalika. J’aime aussi le fait de prendre mes responsabilités vis-à-vis de la protection de l’environnement. Je m’engage personnellement à sensibiliser mes proches et mes amis pour qu’ils ne détruisent pas notre nature, car elle est extrêmement précieuse.
2. Qu’as-tu appris sur la mer ou sur le littoral ?
Grâce à l’aire marine éducative, j’ai découvert les différentes espèces de palétuviers et j’ai pu améliorer mon français. Avant, je ne maîtrisais pas bien cette langue, mais la pratique au sein de ce projet m’a beaucoup aidé. J’ai aussi appris que les récifs coralliens ne grandissent que d’un centimètre par an. J’ai compris l’importance de la barrière de corail ici, à Toliara : elle brise la force des vagues pour que la mer soit plus calme lorsqu’elle arrive au rivage.
3. Quel moment t’a le plus marqué ?
Les sorties pédagogiques à Mangily m’ont beaucoup marqué, car c’est là que nous apprenons le plus de choses, comme l’observation des tortues ou le cycle de l’eau. Concernant les rencontres, j’ai été touché par l’implication des habitants d’Ankalika qui ont été sensibilisés, ainsi que par ceux qui nous aident à nettoyer la plage et à éduquer les autres, comme les Zana-driaky (l’association des pêcheurs locaux). J’apprécie aussi énormément quand nos parents participent aux plantations avec nous et apprennent à connaître les mangroves, comme le père de Francelah. Je me souviens également de la venue de M. Franck Grangette au tout début du projet, lors de la mise en place des premières activités.
4. Est-ce que l’aire marine éducative a changé quelque chose pour toi, dans ta vie de tous les jours ?
Il y a eu des changements, tant positifs que négatifs. Le point difficile a été de ne plus pouvoir suivre certains cours le mercredi après-midi à l’école des Salines, ce qui a provoqué une légère baisse de mes résultats scolaires. Cependant, le côté positif est que je sais désormais m’exprimer en français et que je peux sensibiliser mes amis. Comme la plupart d’entre eux sont pêcheurs, je leur parle de l’environnement ; certains m’écoutent, d’autres non, mais l’important est que j’aie pris cette initiative.
Mes parents sont également très fiers de moi. Ils voient qu’en tant qu’enfant, je m’engage déjà pour la protection de la nature, ce qu’ils n’avaient jamais fait auparavant. J’ai l’impression de compenser leurs erreurs passées. Mon père, par exemple, était pêcheur, mais il a arrêté. Quand je le sensibilise, il me répond « on verra », mais il a trouvé une alternative : il fabrique et vend des pirogues maintenant.
5. Est-ce que tu voudrais continuer à participer aux activités de l’aire marine éducative ? Pourquoi est-ce important pour toi ?
Je souhaite continuer jusqu’au bout du projet. C’est vital car, si nous ne faisons rien, les mangroves pourraient avoir disparu quand nous ne serons plus là. Quel avenir laisserions-nous à nos descendants, à nos familles et au reste du monde ? Protéger la mangrove dans la zone de l’aire marine éducative, c’est comme protéger tout notre quartier.
6. Qu’est-ce que tu aimerais faire de plus dans l’aire marine éducative ?
J’aimerais que nous augmentions la fréquence des plantations de palétuviers. On pourrait par exemple planter un mois sur deux. Attendre un an est trop long, et cela augmente le risque que certaines pousses meurent. Par ailleurs, il serait bien de prévoir des moments de détente et de divertissement, car les études sont parfois fatigantes.
7. Parmi nos activités, lesquelles trouves-tu importantes ? Pourquoi est-ce important pour toi ?
Pour moi, le droit de l’environnement et la biologie marine sont les activités les plus importantes. La base de tout ce projet est de comprendre comment protéger l’environnement, qu’il soit marin ou terrestre.
8. Qu’est-ce que tu aimerais partager, de ce que tu as appris, avec tes camarades ?
Je voudrais dire à ceux qui rejoindront l’aire marine éducative qu’il faut être actif et s’impliquer réellement. Ce que nous faisons est un véritable travail pour venir au secours de notre pays. Mon message est que tous nos camarades, même ceux qui ne sont pas « ambassadeurs », doivent prendre leur part de responsabilité. Par exemple, lorsqu’il y a de nombreuses jeunes pousses à planter, ils pourraient venir nous aider bénévolement.
9. Avec les connaissances que tu as acquises dans ce projet, quelle action as-tu entrepris dans ta communauté ?
J’ai surtout sensibilisé la famille de mon père qui vit à Ankiembe. Même s’ils ne sont pas pêcheurs, ils me disent parfois que je suis trop petit pour y arriver, tout en reconnaissant que ma démarche est courageuse. Selon eux, ce rôle devrait revenir aux adultes.
Je leur ai expliqué que beaucoup de gens utilisent des filets à grandes mailles pour capturer les tortues de mer, surtout pendant la saison humide. Je leur demande de réduire ces prises en leur expliquant que les tortues sont un trésor. Si elles disparaissent, c’est toute la communauté littorale qui en subira les conséquences. Pour l’instant, je ne parle de cela qu’à ma famille. En classe, j’en parle aussi à mes camarades qui vont en mer, mais beaucoup sont incrédules. Je ne me décourage pas pour autant, car je sais qu’ils n’ont pas encore eu la chance d’apprendre ce que je sais.
10. Quelle difficulté as-tu rencontrée en partageant ou en sensibilisant ?
Le plus difficile est de voir mes amis pêcher des tortues ou des poissons trop petits. Je leur dis que ce n’est pas bien, mais je sais aussi que c’est leur seule source de revenus. Certains sont aussi insolents et rejettent mes paroles. Un jour, une discussion en classe a même provoqué un grand débat. Face à leur refus d’écouter, je leur ai dit qu’ils s’en souviendraient plus tard. Notre professeur d’histoire-géographie m’a soutenu en disant que l’avenir nous donnerait raison : en 2030, on verra bien qui sera le plus touché entre ceux qui ont essayé de protéger la mer et ceux qui l’ont ignoré.
Enfin, mon message est le suivant : peu importe l’endroit, lorsqu’un enfant a une idée brillante pour améliorer notre vie ou l’environnement, il faut l’écouter. Trop de gens ignorent les enfants à cause de leur âge, alors que leurs idées sont parfois meilleures que celles des adultes.
Entretien réalisé en collaboration avec l’équipe Elite 3A

