Les élèves ambassadeurs sont, sans aucun doute, les plus à même de partager leur expérience sur le terrain, en tant que « gardiens » de cette aire qu’ils ont choisi de protéger.
Entre espoir et réalité, RAHANTAMALALA Fiso, 15 ans, en classe de 3ème et élève ambassadrice de la phase 1 de l’aire marine éducative d’Ankalika, vous livre son vécu depuis qu’elle a intégré le dispositif Aire Marine Educative en 2024.
1. Qu’est-ce que tu aimes le plus dans l’AME ?
Ce que je préfère, c’est la qualité de l’enseignement, particulièrement nos cours de français. La pédagogie est très claire : quand vous nous expliquez les choses, je les comprends immédiatement. J’apprécie aussi énormément d’être membre de ce projet. Avant, j’ignorais beaucoup de choses, mais depuis que j’ai intégré Aquamarine, mes connaissances se sont développées. Par exemple, j’ai découvert que les concombres de mer nettoient les fonds marins en avalant la boue pour rejeter du sable purifié, ou encore que les tortues se nourrissent des algues qui poussent sur les récifs.
2. Qu’as-tu appris sur la mer ou sur le littoral ?
Dans l’aire marine éducative, j’ai appris à planter les palétuviers. J’ai aussi découvert la vie des poissons-perroquets : ils vivent en groupe avec une organisation précise. Concernant les récifs coralliens, j’ai compris qu’ils agissent comme une barrière naturelle qui brise la force des vagues avant qu’elles n’atteignent le rivage. Enfin, j’ai appris que les mangroves servent de nurseries où les poissons viennent pondre leurs œufs.
3. Quel moment t’a le plus marqué ?
Ce qui m’a le plus marquée, ce sont les savoirs liés à la mer, car ils m’ont permis d’agir concrètement auprès de ma famille. Mon père est pêcheur et il lui arrivait de ramener des tortues de mer. Grâce au projet, j’ai pu lui expliquer que ce sont des espèces en voie de disparition qu’il faut protéger. J’ai aussi insisté pour qu’il ne pêche plus les poissons trop petits afin de les laisser grandir. Au début, il ne m’écoutait pas, mais à force de lui expliquer ce que nous faisions chez Aquamarine, il a fini par changer ses habitudes.
Les cours de français aussi ont été un moment fort car ils nous permettent de communiquer directement avec nos amis de La Réunion, sans traducteur. Cela m’aide aussi beaucoup pour mes études. Je tiens aussi à remercier Madame Mariela, Rose et Faniry. Enfin, je suis fière de mes progrès : avant, j’étais très réservée, mais aujourd’hui, j’ose enfin prendre la parole en public.
4. Est-ce que l’aire marine éducative a changé quelque chose pour toi, dans ta vie de tous les jours ?
Oui, ma vie a beaucoup changé. Je suis désormais capable de m’exprimer devant un public et d’expliquer des concepts complexes à ma famille. Avant, je n’aimais pas vraiment aider mes frères et sœurs pour leurs devoirs, mais maintenant, je prends plaisir à partager mes connaissances avec eux. Le fait que mon père m’écoute et me prenne au sérieux est aussi un grand changement. Par ailleurs, j’observe que dans la communauté, les captures de tortues deviennent heureusement de plus en plus rares.
5. Est-ce que tu voudrais continuer à participer aux activités de l’aire marine éducative ? Pourquoi est-ce important pour toi ?
Je souhaite absolument continuer, car je sais qu’il me reste encore beaucoup de choses à apprendre. Je veux aussi continuer à aider ma communauté en sensibilisant les gens sur l’importance de ne pas détruire notre environnement et les espèces marines.
6. Qu’est-ce que tu aimerais faire de plus dans l’aire marine éducative ?
Pour le moment, le programme me semble complet, je n’ai rien à ajouter.
7. Parmi nos activités, lesquelles trouves-tu importantes ? Pourquoi est-ce important pour toi ?
La biologie marine est, selon moi, l’activité la plus importante. À Ankalika, la majorité des gens vivent de la mer. Pourtant, les ressources marines s’épuisent. Il est donc vital d’avoir des personnes formées pour sensibiliser les pêcheurs sur les bonnes pratiques à adopter.
8. Qu’est-ce que tu aimerais partager, de ce que tu as appris, avec tes camarades ?
J’aimerais leur transmettre ce que j’ai appris sur les droits de l’enfant, les Objectifs de Développement Durable (ODD) et la biologie marine. Ce sont des sujets souvent méconnus qu’il est important de diffuser au sein de la famille et du quartier pour protéger notre avenir.
9. Avec les connaissances que tu as acquises dans ce projet, quelle action as-tu entrepris dans ta communauté ?
Au sein de ma famille, je profite de nos discussions quotidiennes pour expliquer les enjeux écologiques. Dans la communauté, nous avons mené des actions de sensibilisation auprès du Président du Fokontany (le chef de quartier). Nous avons discuté avec lui de la protection des tortues, des mangroves et de la mer, tout en abordant la question des droits de l’enfant.
10. Quelle difficulté as-tu rencontrée en partageant ou en sensibilisant ?
Le plus difficile est de convaincre les gens quand on le fait pour la première fois. En tant qu’enfants, on nous répond souvent : « Ce n’est pas à vous de nous apprendre ce que nous savons déjà ». C’est pour cela qu’il est important que nous soyons accompagnés par des adultes influents, comme le Maire ou le Président du Fokontany. Leur présence donne du poids à notre message sur les crises écologiques et aide à faire accepter les solutions que nous proposons.
Je souhaite ajouter : « Si une personne souhaite améliorer la vie de la communauté, elle doit d’abord passer par la sensibilisation. Si les gens acceptent d’écouter et de suivre ces conseils, les résultats seront forcément positifs pour tout le monde. »
Entretien réalisé en collaboration avec l’équipe Elite 3A

